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fm241Valentin

 

Comme un vertige

La Saint-Valentin est propice aux propos amoureux. Et particulièrement aux
propos sur le couple amoureux. Alors j'en profite, j'aime parler d'amour. J'aime mes tête-à-tête avec lui. À croire que l'amour me questionne plus que je ne le fais à son sujet. C'est comme si j'avais besoin de lui répondre. C'est comme si l'amour venait me chercher dans mes retranchements. Comme s'il venait éveiller en moi tous les autres sentiments. Comme s'il venait confronter en moi toutes mes contradictions. Comme s'il venait me rappeler qui je suis ou qui je pourrais être. Rassurez-vous, je parle au je, mais je pourrais utiliser le nous. Car qu'il ou qu'elle me réponde celui ou celle qui n'est pas un jour ou l'autre dérangé(e) par l'amour.

Encore l'amour, toujours l'amour. Comme un vertige, l'amour nous élève tout en nous ramenant vers le bas. L'amour envahit notre être, souvent à notre insu, sans nous demander la permission. Il s'empare de nous et nous mène vers des ailleurs méconnus. L'amour nous étourdit, nous étreint nous coupe le souffle. Il nous soulève, nous allège, nous donne des ailes. Il nous fait tourbillonner, il nous fait planer. Il nous fait exulter. Il nous ouvre des fenêtres sur l'irrationnel, des portes sur l'inconditionnel et des chemins sur l'intemporel. Il nous fait courage et générosité, compréhension et disponibilité. Il nous fait charme et galanterie, patiente et énergie. Il nous fait ange et gentil démon. Il nous grandit tout en nous faisant tout petit. L'amour nous rend délinquants tout en nous consacrant chevaliers.

L'amour n'a pas de préférence d'âge. Il peut dormir pendant des mois, des années, pour ensuite poindre lentement à l'horizon ou soudainement surgir au carrefour des hasards. Il peut se présenter maquillé d'indifférence, vêtu d'insouciance et chaussé d'ambivalence, comme il peut se manifester à brûle-pourpoint, de but en blanc , au débotté, sans crier gare, tout franc, tout net, tout transparent. L'amour ne regarde pas les années, il est de tout temps, il est de tout monde, il est de n'importe quand. Il réveille les printemps comme il réchauffe les hivers. Il fait chanter les étés comme il peut attendrir les automnes. L'amour est autonome. Il se joue bien de nous.

L'amour ne regarde pas non plus à la beauté, il est beauté et il rend beau. Il n'a pas de préférence quand il s'agit d'unir deux êtres. Petit ou grand, mince ou bedonnant, il s'en soucie comme d'une guigne. Il préfère concocter dans son grand bol à surprises sa recette du bonheur faite d'un rien d'apparence, d'un brin de préférence et de beaucoup de correspondances. Il sait déjà qui nous sommes sans que nous sachions vraiment qui nous voulons ou si nous voulons quelqu'un. Il connaît tous nos secrets mieux que nous les connaissons nous-même. Il organise à notre insu des fêtes dans nos têtes et dans nos coeurs sans que nous sachions que nous sommes le principal invité. Il est maître en art, et il dessine nos pas comme il dessine ceux de l'autre pour les faire se croiser sur un tableau d'affinités. Peu importe la beauté puisqu'elle sera recréée.

Ce n'est pas parce qu'on cherche l'amour qu'on le trouve inévitablement. Et ce n'est pas parce qu'on croit l'avoir trouvé qu'on le garde. Et pour cause ! C'est lui qui nous trouve. C'est lui qui mène. Et nous devrions finalement nous abandonner dans ses bras en toute confiance, car, contrairement à nous qui nous jouons souvent de lui, jamais le véritable amour ne se jouera de nous.

Bonne Saint-Valentin !




Extrait: L'Écho de la Rive-Sud, édition du 10 février 2008, volume 8, numéro 7. Texte de Michel René

 

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