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Comme un vertige
La Saint-Valentin
est propice aux propos amoureux. Et particulièrement aux
propos sur le
couple amoureux. Alors j'en profite, j'aime parler d'amour. J'aime mes
tête-à-tête avec lui. À croire que l'amour me questionne plus que je ne le
fais à son sujet. C'est comme si j'avais besoin de lui répondre. C'est
comme si l'amour venait me chercher dans mes retranchements. Comme s'il
venait éveiller en moi tous les autres sentiments. Comme s'il venait
confronter en moi toutes mes contradictions. Comme s'il venait me rappeler
qui je suis ou qui je pourrais être. Rassurez-vous, je parle au je, mais
je pourrais utiliser le nous. Car qu'il ou qu'elle me réponde celui ou
celle qui n'est pas un jour ou l'autre dérangé(e) par l'amour.
Encore l'amour, toujours l'amour. Comme un vertige, l'amour
nous élève tout en nous ramenant vers le bas. L'amour envahit notre être,
souvent à notre insu, sans nous demander la permission. Il s'empare de
nous et nous mène vers des ailleurs méconnus. L'amour nous étourdit, nous
étreint nous coupe le souffle. Il nous soulève, nous allège, nous donne
des ailes. Il nous fait tourbillonner, il nous fait planer. Il nous fait
exulter. Il nous ouvre des fenêtres sur l'irrationnel, des portes sur
l'inconditionnel et des chemins sur l'intemporel. Il nous fait courage et
générosité, compréhension et disponibilité. Il nous fait charme et
galanterie, patiente et énergie. Il nous fait ange et gentil démon. Il
nous grandit tout en nous faisant tout petit. L'amour nous rend
délinquants tout en nous consacrant chevaliers.
L'amour n'a pas de préférence d'âge. Il peut dormir pendant des
mois, des années, pour ensuite poindre lentement à l'horizon ou
soudainement surgir au carrefour des hasards. Il peut se présenter
maquillé d'indifférence, vêtu d'insouciance et chaussé d'ambivalence,
comme il peut se manifester à brûle-pourpoint, de but en blanc , au
débotté, sans crier gare, tout franc, tout net, tout transparent. L'amour
ne regarde pas les années, il est de tout temps, il est de tout monde, il
est de n'importe quand. Il réveille les printemps comme il réchauffe les
hivers. Il fait chanter les étés comme il peut attendrir les automnes.
L'amour est autonome. Il se joue bien de nous.
L'amour ne regarde pas non plus à la beauté, il est beauté et
il rend beau. Il n'a pas de préférence quand il s'agit d'unir deux êtres.
Petit ou grand, mince ou bedonnant, il s'en soucie comme d'une guigne. Il
préfère concocter dans son grand bol à surprises sa recette du bonheur
faite d'un rien d'apparence, d'un brin de préférence et de beaucoup de
correspondances. Il sait déjà qui nous sommes sans que nous sachions
vraiment qui nous voulons ou si nous voulons quelqu'un. Il connaît tous nos
secrets mieux que nous les connaissons nous-même. Il organise à notre insu
des fêtes dans nos têtes et dans nos coeurs sans que nous sachions que
nous sommes le principal invité. Il est maître en art, et il dessine nos
pas comme il dessine ceux de l'autre pour les faire se croiser sur un
tableau d'affinités. Peu importe la beauté puisqu'elle sera recréée.
Ce n'est pas parce qu'on cherche l'amour qu'on le trouve
inévitablement. Et ce n'est pas parce qu'on croit l'avoir trouvé qu'on le
garde. Et pour cause ! C'est lui qui nous trouve. C'est lui qui mène. Et
nous devrions finalement nous abandonner dans ses bras en toute confiance,
car, contrairement à nous qui nous jouons souvent de lui, jamais le
véritable amour ne se jouera de nous.
Bonne Saint-Valentin !
Extrait: L'Écho de
la Rive-Sud, édition du 10 février 2008, volume 8, numéro 7. Texte de
Michel René
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